Histoire de P.

Je regarde : les arbres ratiboisés par les "jardiniers" de la mairie

29/06/2004

29/06/04 - 15:02

Nous (non plus) ne sommes pas des Untermenschen

Bon, afin de faire mentir Zvezdo qui insinue que je n'ai que deux sujets de conversation, Jospin et l'Église, je vais en aborder un troisième: la discrimination.

je lis (AP): "Jean-Luc Romero, secrétaire national de l'UMP chargé de la lutte contre le SIDA démissionne pour protester contre le report de l'examen par le Parlement du projet de loi contre l'homophobie. "Je me sens un peu fatigué d'être une espèce de bonne conscience. Je ne devenais plus crédible", a-t-il expliqué."

Peu à peu, le vrai visage de notre droite se révèle: populiste dans ses prétentions, conservatrice tendance notable de province dans ses actes, franchouilllarde grandiloquente dans ses paroles... Et certainement pas: progressiste, libérale (pas même libéraliste), humaniste... Et l'on vient de nous rappeler que non seulement la droite n'aime pas les homosexuels (le coup du placard, ce n'est pas nouveau) mais qu'elle leur refuse la protection qui leur est due en tant que minorité (le coup du bûcher, ce n'était même pas de l'humour).

Il faut rappeler que la protection des minorités a été un souci constant de l'Europe tant pour le respect des spécificités régionales dans ses pays membres (Basques en France et en Espagne, par exemple) que pour celui des minorités ethniques ou religieuses, notamment dans l'ex-Yougoslavie et l'ex-URSS (pays baltes, notamment; coucou Eliots). Cela signifie qu'avoir un comportement minoritaire est un droit fondamental, que nul État ne peut entraver la pratique et la diffusion d'une langue, et que l'État a le devoir, le cas échéant, de protéger les minoritaires contre les actes haineux émanant de la majorité (ou prétendue telle).

Par exemple, l'État doit empêcher que ne se reproduise une situation comme celle de l'Allemagne des années trente (sans parler de la suite) où l'on pouvait piller impunément les magasins tenus par des juifs. Par exemple, l'État devrait faire en sorte que ne se reproduise pas une agression comme celle de Sébastien Nouchet, harcelé, persécuté puis brûlé vif par des agresseurs toujours pas inquiétés. La police devrait être sensibilisée à ce type de problèmes y compris dans les provinces les plus arriérées. En particulier, les plaintes devraient être enregistrées sans moquerie et sans intimidation, puis faire l'objet d'une enquête sérieuse plutôt que d'un classement sans suite...

Il ne faudrait pas oublier que ces agressions sont des crimes, et dans le cas Nouchet un crime horrible que l'on pourrait croire tout droit sorti des atrocités commises en Bosnie et au Kosovo. Il est incroyable et éminemment scandaleux que les moyens n'aient pas été déployés afin de retrouver, à tout prix, tous les auteurs de cette abomination. Là encore, ç'aurait été un symbole fort, que notre droite ne veut surtout pas donner. Pourtant, ce n'est pas une question de projet de Loi à voter mais seulement de Loi existante à faire respecter. Le tout premier slogan devrait donc être "Nous ne sommes pas des Untermenschen".

La question se pose d'une loi "contre l'homophobie", terme qui caractérise très mal les faits puisqu'un homophobe serait plutôt celui qui aurait une crainte panique de l'homosexualité, donc en toute probabilité, un homosexuel refoulé... À l'image de 'racisme', 'sexisme', on pourrait proposer plutôt 'sexualisme'. De telles lois existent pour le racisme (dont l'antisémitisme) et le sexisme. Elles sont utiles là où une attitude (parole, décision...) qui en elle-même n'est pas illégale apparaît fondée sur des critères considérés comme inacceptables. Il est interdit, en dehors de quelques cas très particuliers, de refuser un emploi sur la seule base du sexe ou de l'ethnie. Il n'est pas acceptable de critiquer quelqu'un sur ces caractéristiques. Les insultes qui y font allusion sont plus graves... La légistation accorderait ainsi un traitement de faveur à certains traits: "sale juif" et "gros porc" seraient des injures mais la première relèverait en outre d'un délit appelé "antisémitisme", et de même l'allusion à un "gros nez" par rapport à un "gros cul". À la limite, "gros cul" serait une insulte bénigne s'adressant à un homme mais deveindrait une intolérable injure sexiste lorsqu'adressée à une femme. À vrai dire, je ne sais pas trop ce qu'il en est exactement au niveau de la jurisprudence.

Le cas de la ségrégation est relativement simple: dans l'idéal, le sélectionneur n'a en principe pas le droit de sélectionner sur ce qui ne concerne pas les besoins visés. Cela vaut en particulier pour les obédiences politiques, syndicales ou religieuses. Néanmoins, cela reste très théorique et les obédience sont souvent imposées non par l'employeur lui-même mais par des groupes de pression locaux, syndicats et mafias diverses. La Loi est beaucoup plus sourcilleuse pour le sexe et la race alors qu'il serait assez compréhensible, si ce n'est légitime dans les très petites entreprises, qu'un employeur souhaite maintenir une certaine homogénéité au sein de son personnel. Le cas de l'homosexualité se rapproche de la première série par le fait qu'il peut être masqué, laissé dans le placard du vestiaire. Mais le travail est fatalement, aussi, un lieu de relations humaines, qui peuvent être déterminantes dans certains domaines. La Loi sur la non-discrimination raciste se comprend alors comme la déresponsabilisation de l'entrepreneur: son client ne peut plus lui reprocher, implicitement ou explicitement d'avoir embauché un b... lanc puisque la ségrégation est interdite par la Loi. En revanche, une société pourrait facilement être dénigrée comme "repaire de tapettes". Une Loi contre la discrimination a le mérite de couper court à toutes sortes d'insinuations malveillantes. Dans cet esprit, il serait donc souhaitable d'établir une loi antidiscriminatoire générale imposant la déclaration préalable et explicite des critères de sélection et leur justification.

L'autre volet est celui de l'agression symbolique, verbale ou gestuelle, qui n'est elle pas dissuadée par la Loi. Pourquoi condamner certain propos injurieux plus que d'autres? En quoi est-il plus grave d'injurier sur la judaïté ou la race que sur l'homosexualité ou l'obésité la beauté ou ou le manque de goût dans l'habillement? La première réponse serait qu'il est doublement odieux d'insulter autrui sur une caractéristique dont il n'est pas responsable: l'ethnie, le sexe, l'obésité congénitale... mais faudrait-il alors être laxiste envers ceux qui insultent les transfuges raciaux (Jackson!), les transsexuels, les obèses gloutons? Et quid de l'homosexualité, acquise ou génétique? En fait, il s'agit plutot de ne pas blesser une personne ur des caractéristiques importantes pour elle. À ce titre, rien ne justifie une loi spéciale pour la race ou le sexe, ni pour l'homosexualité: les propos blessants, intentionnellement blessants, quels qu'ils soient, devraient encourir des peines aggravées. Au lycée, "tu n'es qu'une tapette" est comparable à "ta mère est une pute".

Enfin, les agressions sévères sont déjà sanctionnées par la Loi. Les crimes racistes sont semble-t-il punis plus lourdement. On voudrait y assimiler le cas de Sébastien Nouchet. Pourtant, là encore, il n'est nul besoin d'évoquer le racisme ou quelque caractéristique à protéger. Ce qui rend ces crimes inadmissibles au dernier degré est qu'il sont gratuits, que l'agresseur n'en tire tout au plus qu'un plaisir fantasmatique. Il y a une disproportion monstrueuse entre le plaisir de l'un et le déplaisir de l'autre. Je ne sais pas trop comment le droit prend en compte ce type de considérations: certes, on punit davantage le crime gratuit que le crime crapuleux que celui de défense préemptive (?). Cependant, les agressions sont peut-être trop souvent symétrisées abusivement, voire assimilées à des rixes entre rivaux?

En conclusion, non seulement je ne suis pas partisan de lois spécifiques à l'homosexualité mais je pense qu'on devrait supprimer toutes ces lois ad hoc et les reformuler de façon plus générale afin qu'elles englobent l'homosexualité au même titre que la race ou le sexe ainsi que d'autres caractéristiques auxquelles on ne pense pas encore. Trois domaines ont été envisagés ici: la ségrégation, l'injure et l'agression. À chaque fois, une règle simple à préciser par la jurisprudence est possible: fonctionnalité et transparence des critères de sélection, pénalisation des propos très blessants, aggravation de la peine à la mesure de la disproportion de la motivation et du préjudice causé.

commentaires

29/06/04 - 18:24

Le 14 juillet : reprenons la Bastille !

Invitons-nous à la garden-party élyséenne de la france d'en haut qui vient de nous pisser à la raie !
Faisons honte aux menteurs, aux exploiteurs de nos peurs et de nos divisions !

Non, non, non : plus de discrimination !
Ca suffit de nous prendre pour des cons !

15/07/04 - 11:28

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jeudi 15 juillet 2004, 10h39
La Haute autorité de lutte contre les discriminations créée jeudi

En octobre 2002 à Troyes, le président de la République avait proposé la création d'"une autorité indépendante" chargée de "lutter contre toutes les formes de discriminations, qu'elles proviennent du racisme, de l'intolérance religieuse, du sexisme ou de l'homophobie".

En février, l'ancien Médiateur de la République Bernard Stasi avait remis au Premier ministre Jean-Pierre Raffarin un rapport prônant la mise en place de cette instance en janvier 2005.
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Un pas dans la bonne direction. Mais la liste est-elle limitative?

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Salut, ô, lecteur!

Je n'ai rien à te cacher, à toi.

J'ai omis des informations qui permettent mon identification tout bêtement parce que je ne veux pas que ma vie professionnelle puisse interférer avec ma vie affective. Je ne veux pas non plus que le premier venu que je fréquente, à quelque titre que ce soit, sache tout sur moi... Donc, merci de ne pas divulguer ces informations une fois que tu les connais...